Design éthique, économie solidaire : une chaîne de valeur
J’étais à la Chambre Régionale de l’Économie Sociale et Solidaire du Centre-Val de Loire pour un échange informel et exploratoire. Une question s’est imposée : qu’est-ce qui relie le design éthique à l’économie solidaire ?
Le design est souvent présenté comme un moteur de croissance économique. C’est vrai. Mais il est rarement décrit pour ce qu’il est aussi : un moteur d’économie solidaire. Voici pourquoi.
Le code de déontologie comme équivalent fonctionnel des valeurs solidaires
Un designer qui respecte son code de déontologie — celui de l’Alliance France Design ou les standards internationaux du Beda, de l’IcoD ou de WDO — s’engage à servir l’utilité collective, à adopter une approche systémique, à comprendre sa responsabilité environnementale.
Une pratique quotidienne qui consiste à refuser à promouvoir la transparence contractuelle, à refuser la concurrence par sous-évaluation, le concours sans rémunération, à défendre ses droits d’auteur, à choisir ses commanditaires avec discernement, s’appuie exactement sur les piliers d’une économie solidaire.
Un designer éthique ne se contente pas d’exercer un métier, il contribue à une économie plus équitable par les règles qu’il s'impose et qu’il incarne dans chacune de ses relations professionnelles.
La juste rémunération comme condition de l’impact social
Un designer sous-payé ne peut pas exercer de manière éthique et durable. La pression économique conduit aux compromis : accepter des projets qui ne correspondent pas à ses valeurs, renoncer aux droits d’exploitation, bâcler ce qui méritait du soin.
La prospérité économique du designer n’est pas en tension avec sa mission sociale. Elle en est la condition. C’est le paradoxe que Copryce s’emploie à résoudre : on ne peut pas demander aux designers de changer le monde tout en acceptant qu’ils le fassent à perte.
Valoriser justement le design, c’est rendre possible son impact. L’un ne va pas sans l’autre.
Une chaîne de valeur éthique
L’effet du design éthique ne s’arrête pas au designer. Tout commanditaire — entreprise, collectivité, institution — qui fait travailler un designer dans le respect du droit d’auteur, avec un contrat équitable et une rémunération cohérente, entre de fait dans une logique d’économie plus solidaire. Il valide un modèle où la création a un prix, où l’expertise est reconnue, où la relation professionnelle est construite sur la confiance plutôt que sur le rapport de force.
Mais la chaîne va plus loin. En travaillant avec un designer éthique, le commanditaire développe lui-même une exigence qu’il n’avait pas nécessairement : il apprend à poser les bonnes questions, à identifier les vrais enjeux d’un projet, à mesurer l’impact de ses choix créatifs sur ses utilisateurs et son environnement. Le designer éthique ne livre pas seulement un résultat — il élève le niveau de son commanditaire.
Ce n’est pas un label. C’est un comportement partagé. Et ce comportement, répété à l’échelle d’un secteur, change la nature de l’économie dans laquelle il s’inscrit.
Copryce ne capte pas la valeur qu’il mesure : il la redistribue. Sous forme de repères, de données de marché indépendantes, de légitimité professionnelle accessible à tous. Les 675 exemples de tarification, les 10 disciplines couvertes, les 7 langues, les 17 ans d’expérience terrain : ce sont des biens communs informationnels mis au service d’une profession atomisée, souvent isolée face à des commanditaires mieux armés pour négocier.
Mais au-delà de Copryce, tout prescripteur de design éthique — école, institution, syndicat professionnel, plateforme, réseau — devrait s’envisager comme prescripteur d’économie solidaire, sociale et de soin environnemental. Prescrire un designer éthique, c’est prescrire un modèle de relation économique. C’est introduire dans un écosystème les conditions d’une prospérité partagée.
En ce sens, Copryce prescrit un design qui se valorise. Un designer qui respecte son code de déontologie est, de fait, un acteur d’une économie plus solidaire. Et tout commanditaire qui l’accompagne dans cette exigence l’est aussi.
François Caspar, fondateur de Copryce, cofondateur de l’Alliance France Design et administrateur du Bureau of European Design Associations.

